Archives pour la catégorie Critiques

Critique : Vernissage : quoi vous ne consommez pas de chutney ?!

Critique d’Anaïs Mottet parue dans L’Envolée culturelle le 25 juillet 2017.

 

La Compagnie Libre d’Esprit présente dans le cadre du Festival Off d’Avignon trois pièces de son cycle Vaclav Havel : Audience, Pétition et Vernissage. Toutes trois écrites entre 1975 et 1978, mettent en scène le double imaginaire du dramaturge. Bien avant les événements politiques qui l’ont fait connaître, Vaclav Havel écrivait déjà des pièces engagées. Avec sa plume satirique il dépeint avec finesse le courage et la lâcheté des intellectuels dans un régime où ils sont étroitement surveillés. La Compagnie Libre d’Esprit, sous l’impulsion de Nikson Pitaqaj le metteur en scène, est attachée à faire découvrir des textes d’auteurs des pays de l’Est, le Cycle Vaclav Havel est donc la suite naturelle de leur travail. Vernissage est jouée du 7 au 30 juillet à 20h40 au Pandora. Une petite pépite théâtrale à ne manquer sous aucun prétexte ! Continuer la lecture de Critique : Vernissage : quoi vous ne consommez pas de chutney ?!

Critique d’Audience dans RegArts

Critique de PierPatrick parue dans RegArts le 19 juillet 2017.

« Audience » écrit en 1975 est la caricature, à la fois sarcastique et féroce du regard acéré de Havel dans un monde impitoyable où la délation côtoie la cupidité.

C’est une pièce en un acte qui se déroule dans le bureau d’un brasseur. Vaněk ou Ferdinand est un ouvrier dans une brasserie. Pendant ses heures libres, il écrit des pièces de théâtre bien qu’interdit de publication.

Son supérieur s’enivre sur scène, bière après bière et propose à Vaněk un pacte diabolique : se dénoncer en échange d’une promotion.

Un tourbillon de non-sens, celui de la dimension existentielle du monde et de la crise de l’identité humaine.

Sur la scène, une table, deux chaises, deux comédiens en vis-à-vis… et des litres de bière.

Que l’on ne s’y trompe pas. Le jeu subtil des acteurs recrée avec une efficacité lourde de sens l’absurdité de cet univers aberrant des années 70 dans les pays de l’est.

À découvrir ou redécouvrir.

PierPatrick

Chronique : Audience dans Marianne!

Marianne

Article de Jack Dion paru dans Marianne le 18 juillet 2017.

Dans le domaine artistique comme dans la cuisine, il faut savoir enlever le gras. En ce domaine, Vaclav Havel (1936-2011), qui a commencé sa carrière comme dramaturge pour la finir en chef de l’Etat de la République Tchèque et Slovaque, après un passage par la case « dissident », est un modèle du genre. On en a une preuve supplémentaire avec les deux pièces proposées aux 3 Soleils en alternance : Audience (jours impairs) et Pétition (jours pairs).

Les journées n’étant pas extensibles à l’infini, je n’ai (re)vu que la première. Elle se réduit à un face à face entre deux hommes, autour d’une table. L’un est un brasseur de bière, l’autre un auteur de pièces de théâtre envoyé se refaire une santé mentale à la base. Les deux hommes devisent, ou plus exactement le premier parle en éclusant ses canettes de bière tandis que le second se contente de réponses laconiques. Le bureaucrate de la brasserie enfile les perles oratoires, avec des images dignes d’un Ionesco de la biture. L’artiste écoute poliment, profitant des voyages réguliers du susnommé à l’urinoir pour faire transiter la bière d’un verre à l’autre. Les minutes passent jusqu’au moment où le brasseur met une proposition de marchandage sur la table : une promotion contre un boulot de flic. C’est la goutte de bière qui fait déborder le verre de l’écrivain. Quand un vendeur de bière transformé en vendu rencontre un dissident décidé à ne pas se laisser acheter, le marché est impossible.

Jack Dion

Critique : Pétition et Audience

Critique de Fabio Raffo parue dans Action Parallèle le 13 juillet 2017.

Nous arrivons à Pétition un peu par hasard. Personnellement je ne connaissais Vaclav Havel que de nom, j’avoue que je ne savais même pas qu’il avait été président de la République Tchèque. Comme il arrive souvent au Festival Off à Avignon, nous avons prévu un programme qui change à la dernière minute. Je n’avais donc pas de grosses attentes par rapport à ce spectacle, à ce texte, qui ont été pour moi une découverte enthousiasmante, un coup de foudre qui me surprend. Avec mes amis nous revenons le jour suivant pour voir Audience, mais j’ai trouvé le texte un peu moins fort que Pétition.

La compagnie Libre d’Esprit réalise un volet de deux textes qui semblent constitués en vrai dialogue. Un même personnage, Ferdinand, apparait dans les deux textes, incarnant le caractère de l’intellectuel en contraste avec le régime socialiste opprimant. Dans les deux cas un trouve un dialogue entre Ferdinand et un personnage qui au contraire a appris à faire taire sa conscience et à occuper une situation socialement paisible. Les deux acteurs échangent leur rôle, et cela ajoute une continuité à ce diptyque sur le pouvoir et le rôle de l’artiste. Le travail de la compagnie souligne avec force et précision le texte d’Havel, en valorisant les silences qui révèlent ce qui ne peut pas être dit au regard de la situation politique, ce qui se cache derrière deux conversations aux apparences très superficielles. Les silences révèlent aussi les crises de conscience de deux personnages compromis avec le régime et la situation compliquée de l’artiste. La mise en scène, très sobre, se focalise surtout sur le travail des deux acteurs et sur la valorisation de la dramaturgie de l’écrivain tchèque.

Un sentiment de malaise est présent surtout dans Pétition. Le public comprend assez vite que Ferdinand a été invité par son hôte, Stanek, dans un but précis, et que celui-ci essaye de le détendre, de le faire parler et boire, pour obtenir quelque chose de lui. Une fois que l’enjeu est clair, c’est toujours Stanek qui prend la parole, pour essayer de faire taire sa conscience et faire comprendre combien sa situation est délicate. On trouve là une attention de Havel pour Stanek qui a réussi à trouve un équilibre entre sa conscience et l’oppression du régime, et un peu moindre pour Ferdinand, l’artiste qui n’a pas voulu se compromettre. Personnellement j’ai trouvé presque dommage que Ferdinand n’ait pas la possibilité d’expliquer ses raisons, que seulement le point de vue de Stanek soit exprimé, même si souvent les silences de Ferindand sont très éloquents. En tout cas, la dramaturgie de Havel restitue avec justesse impressionnante l’atmosphère d’oppression du régime communiste, et le travail des acteurs est un très bel hommage au texte de l’écrivain.

Dans Audience on retrouve pratiquement la même situation, mais on a l’impression que le texte tourne plus en rond. Une dynamique de répétition s’instaure dans les phrases, soulignée par les gestes de deux acteurs, ce qui peut faire sourire au début, puis produire un sentiment malaise, puis juste produire une sorte de désorientation, car le but du propriétaire de la brasserie reste obscur jusqu’à la toute fin. Comme dans Pétition, le patron veut faire boire Ferdinand pour le mettre à son aise, mais toutes les fois qu’il sort, Ferdinand vide son verre dans celui de son patron. Encore une fois c’est surtout ce dernier qui exprime ses raisons, la nécessite qui a de se compromettre avec le régime pour faire vivre sa petite entreprise. Si ce texte semble moins fort que Pétition, le fait le voir à la suite de celui-là conduit à comprendre mieux certains mécanismes dramaturgiques présents chez Havel. Le physique et le caractère des acteurs, qui changent de rôle, s’adaptent étonnamment bien dans une situation opposée à celle de Pétition. Le travail sur le texte est encore une fois méticuleux, même s’il faut souligner que la fin aurait dû être mise en valeur par une pause plus évidente.

Je suis reparti d’Avignon enthousiasmé par cette découverte et avec la conviction d’avoir été très chanceux par rapport aux choix faits un peu à la dernière minute dans le très vaste programme du Festival Off.

Fabio Raffo, vu au Théâtre les 3 soleils, Festival Off Avignon, le 8 et 9 juillet 2017.

Critique: Knock, knock ! Entrez, le Docteur va vous recevoir

Critique de Margot Delarue parue dans L’envolée culturelle le 23 août 2016.

© compagnie Libre d’Esprit

Le théâtre des 3 Soleils  proposait à Avignon un vaste programme pour le Off du festival d’Avignon 2016. Parmi les pièces proposées, on pouvait voir Knock, ou le triomphe de la médecine, une pièce écrite par Jules Romains et présentée pour la première fois au théâtre à Paris en 1923. Cette année, elle était montée par la compagnie Libre d’Esprit, une troupe qui se revendique populaire et qui laisse libre cours au jeu des acteurs.

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