Tournée de la Compagnie Libre d’Esprit au Kosovo – Production MOTRA

Organisée par le Centre Qendra Multimedia – en étroite collaboration avec Jeton Neziraj

Représentations de Largo Desolato (CycleVáclav Havel)

Avril – mai 2016

La Compagnie Libre d’Esprit est portée par une histoire forte avec les Balkans, son directeur artistique et metteur en scène, Nikson Pitaqaj, étant originaire du Kosovo. Né en 1972 à Gjakovë, il arrive en France en 1990 et fonde, en 2001, la Compagnie Libre d’Esprit dans un authentique esprit de troupe.

Aujourd’hui, le socle de la Compagnie – qui accueille régulièrement de nouveaux membres rencontrés lors de stages – est constitué de comédiens qui ont entre cinq et quinze ans d’ancienneté.

Le temps partagé est au cœur du travail de la compagnie Libre d’Esprit et la tournée au Kosovo en est un exemple fort.

Lors de sa tournée au Kosovo, la Compagnie Libre d’Esprit a donné quatre représentations de Largo Desolato de son Cycle Václav Havel selon le calendrier suivant :

Le 29 avril à Gjakovë 

Le 30 avril à Pejë

Le 2 mai à Prishtina (au Théâtre National)

Le 3 mai à Ferizaj

Le texte de Largo Desolato a été traduit en albanais par Nikson Pitaqaj :

– Erdhe !
– Ç’ka të re ?
-Asgjë…
-Ke frikë ?
-Nuk po dua të rri vetëm.
-Çka po ndodhë jashtë ?
-Është vapë.
-A ka njerëz ?
-Si gjithmonë. A mund ta hapi ?
-Po, sigurisht që po…
-A do e pish një ?
-Jo faleminderit, më vonë…
-A ke fjetur mirë ?
-Po! Më dukët se kam fjetur 6 orë të mira 2 herë jam zgjuar, për me pshurrë…

Certains mots albanais ont été intégrés par les comédiens – sur scène et dans la vie :

Po : Oui
Mirëdita : Bonjour
Faleminderit : Merci
Gëzuar ! : Santé !

Et la bière locale a été adoptée à l’unanimité !

Les représentations ont été données en français sur-titré en albanais grâce à un dispositif de panneau lumineux.

 

Les prémices de la tournée

« Étant moi-même d’origine kosovare, mon adolescence a été marquée par l’œuvre de personnalités comme Havel, Kundera, ou encore Mandela, par la lutte qu’ils ont menée au travers de leur engagement politique, mais aussi au travers de leurs textes. Je regrette que cet esprit ne perdure pas dans les pays de l’Est, et plus particulièrement au Kosovo. Il est pour moi d’une nécessité fondamentale de rappeler cette époque, pas si lointaine, mais malheureusement perdue de vue. C’est pourquoi il est important pour moi de jouer Václav Havel, et plus particulièrement, Largo Desolato au Kosovo. Cette pièce, qui réunit sept comédiens sur le plateau, est à l’image du travail que je mène depuis quinze ans avec mon équipe. Cet esprit de troupe me tient à cœur et cette tournée sera une aventure artistique et humaine de groupe. Je suis fier de la vivre avec mes comédiens et avec les comédiens locaux, au Kosovo, où malheureusement l’esprit collectif souffre encore des séquelles du communisme… »

Nikson Pitaqaj

Présentation de notre projet – interview du 2 mai diffusée sur KTV

La tournée a été organisée par le Centre Qendra Multimedia, en étroite collaboration avec Jeton Neziraj. Nous avons eu le plaisir de le retrouver à la suite de notre représentation au Théâtre National de Prishtina.

Nous le remercions pour son soutien, sa présence et sa gentillesse.

Largo Desolato

« Le théâtre existe dans le présent ou pas du tout. » Václav Havel

Le théâtre de Havel, espace électrisant de joie, de liberté et d’humour, nous parle d’aujourd’hui et de maintenant, de nos vies, de nos existences, à tous.

Václav Havel livre un témoignage à valeur universelle, une vision « d’en bas » des effets d’un système totalitaire qui pèse sur l’homme et fait de sa vie un mélange de peurs, de frustrations et d’hypocrisies. D’hier et d’aujourd’hui, d’ici ou d’ailleurs, ces pièces, traitées avec un humour propre à Havel, nous incitent à rester vigilants par rapport à toutes les formes actuelles de « dictature ordinaire ». Le théâtre de Václav Havel est un théâtre qui n’assène pas, n’affirme pas, ne sait pas. Mais laisse voir, avec plein de soubresauts et de hoquets violents, la vertigineuse complexité de toutes les facettes et paradoxes de l’individu.

Repassage…

 

et maquillage

Léopold Kopriva, philosophe et universitaire, vit cloîtré chez lui, à guetter le moment où « ils » viendront pour l’emmener « là-bas ». Il boit, se bourre de médicaments, se sent malade, n’arrive pas à écrire. Sa compagne Zuzana le rabroue, son ami Olbram lui reproche d’avoir changé ; deux ouvriers viennent le voir pour l’exhorter à « agir » ; Lucy se jette à sa tête en lui promettant de le sauver par l’amour. C’est alors qu’« ils » arrivent, chargés d’une proposition : il suffit à Léopold de déclarer que son livre qui n’a pas plu aux autorités a été écrit par un autre pour bénéficier d’un non-lieu. Léopold demande à réfléchir : peut-il, pour sauver sa peau, prétendre qu’il n’est pas lui ?

La Compagnie Libre d’Esprit ainsi que les personnes qui l’ont accompagnée tout au long de la tournée (Oscar Hernandez, Sophie Chanut, Jean-Daniel Chetrit et Aurélie Foltz – présidente de MOTRA) ont été logés, certains à l’hôtel Jakova, où ils ont été chaleureusement accueillis…

… d’autres chez les parents de Nikson Pitaqaj où l’équipe s’est retrouvée le plus souvent possible pour des soirées riches en rires et en émotions…

… et où nous avons notamment célébré l’anniversaire de Nikson le 28 avril !0

Certains sont arrivés le 22 avril, d’autres le 27…

Henri Vatin, Lina Cespedes, Marc Enche et Nikson Pitaqaj ont profité des premiers jours de leur séjour pour partager une séance de travail au Théâtre de Gjakovë avec les comédiens du théâtre .

Le théâtre de Gjakovë a accueilli la compagnie plusieurs journées, nous avons eu le luxe de prendre notre temps pour les répétitions de Largo Desolato et pour travailler à la reprise de Knock dans l’optique du festival d’Avignon 2016.

La tournée a été l’occasion de découvrir le Kosovo et de revenir sur l’histoire de la Yougoslavie racontée avec originalité par Nikson Pitaqaj.

https://youtu.be/KkC3vYaUGb0
https://youtu.be/0sOvqFobYuQ
https://youtu.be/-H1UKsOZt6g

Et de faire un rapprochement avec l’Europe…

De visiter Gjakovë…

De découvrir des paysages étonnants :

Où l’histoire du pays s’exprime au détour d’un chemin…

… Et où la vie tente de reprendre ses droits.

La Compagnie Libre d’Esprit a visité le cimetière des victimes de massacres à Mejë et Korenicë…

… Et la vieille mosquée de Gjakovë en compagnie de Edi Kastrati – directeur du théâtre de Gjakovë avec qui nous avons eu le plaisir de partager ce moment.Nous avons été reçus par l’imam Visar Koshi, responsable de l’ensemble du culte musulman de la ville de Gjakovë.

Cette rencontre nous a marqués, elle a été l’expérience d’un islam assez éloigné de nos préjugés français,

et plutôt proches de l’islam médiéval, chaleureux et serein, qui refuse toute diabolisation : le vin fait partie de son patrimoine, les femmes n’ont pas à se couvrir, et une mosquée se visite en toute simplicité par des groupes mixtes liés par le même respect et la même admiration pour cet endroit magnifique.

Cette tournée a donné naissance au film documentaire Flaka. Sans avoir préparé de plan de tournage ou d’idée de présentation quelconque, la caméra d’Oscar Hernandez, assistée des perches-son tenues par les différents membres de l’équipe, a capté les envies du moment en toute liberté. Ce n’est que bien plus tard, en repensant à cette expérience et en revisionnant les rushs que Flaka s’est imposé…

« Une carte démantelée de la Yougoslavie faite de biscuits secs. Des comédiens tournant en rond dans le noir du théâtre de Gjakovë. Des visages de plastique morts. Un trajet sur la route menant à Pristina en remontant dans le passé des cendres d’un feu… Flaka narre sans raconter la tournée de la Compagnie Libre d’Esprit, pays natal de son directeur, où viennent se mêler aux présences du théâtre les spectres de la guerre dans une ronde où ils se poursuivent mutuellement sans pouvoir jamais s’atteindre. »

Réalisateur : Oscar Hernandez
Production : MOTRA

Nous gardons de nombreux souvenirs de notre tournée au Kosovo et nous sommes impatients d’y retourner!

A bientôt pour de nouvelles aventures!