Archives pour la catégorie Critiques

Critique: Knock, knock ! Entrez, le Docteur va vous recevoir

Critique de Margot Delarue parue dans L’envolée culturelle le 23 août 2016.

© compagnie Libre d’Esprit

Le théâtre des 3 Soleils  proposait à Avignon un vaste programme pour le Off du festival d’Avignon 2016. Parmi les pièces proposées, on pouvait voir Knock, ou le triomphe de la médecine, une pièce écrite par Jules Romains et présentée pour la première fois au théâtre à Paris en 1923. Cette année, elle était montée par la compagnie Libre d’Esprit, une troupe qui se revendique populaire et qui laisse libre cours au jeu des acteurs.

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Critique: Dans le programme idéal du off: Le rapport dont vous êtes l’objet

Critique de Jean-François Demay parue dans ELLE le 21 juillet 2016.

Festival d’Avignon : découvrez notre programme idéal du off

Festival d'Avignon : découvrez notre programme idéal du off

© Coralline Pottiez

Choisir un spectacle au festival off d’Avignon peut être un véritable casse-tête. Alors, pour vous éviter toute déception, nous avons sélectionné pour vous sept spectacles, dans des styles différents, joyeux ou graves, mais toujours intelligents, à toutes les heures de la journée. Découvrez notre programme pour ne rien louper du Festival d’Avignon. […]

14h00

« Le rapport dont vous êtes l’objet » de Vaclav Havel à la Présence Pasteur

Rapport 01

© DR

Eh oui ! Avant de devenir Premier ministre de la Tchécoslovaquie après l’effondrement du bloc soviétique, Vaclav Havel était connu comme dramaturge. Il est l’auteur de plusieurs pièces inspirées par le théâtre de l’absurde qui critiquent la société bureaucratique de son pays. « Le rapport dont vous faites l’objet » raconte la mise en place d’une langue artificielle dans une administration anonyme aux desseins mystérieux. Certains employés semblent profiter de la situation quand le directeur, apparemment honnête et critiquant l’application de cette directive, en pâtit. Entre Kafka et Ionesco, cette pièce nous amuse et nous rappelle des situations très actuelles.

Critique: Le rapport dont vous êtes l’objet

logo-LaProvence Article paru dans La Provence le 14/07/2016.

Le rapport dont vous êtes l’objet

L’administration russe selon Vaclav Havel est à voir jusqu’au 30 juillet à la Présence Pasteur

Critiques Avignon Off - Festival d'Avignon - le rapport dont vous êtes l'objet
La compagnie revendique un authentique esprit d’équipe et ça transparaît. Photo © DR

La compagnie Libre d’Esprit cherche à faire connaître des auteurs d’Europe de l’est, avec l’idée de promouvoir un théâtre populaire ; elle a en particulier, mis en scène un cycle Havel. La pièce qu’ils présentent à Avignon actuellement n’est pas la plus connue, elle date de 1965 mais son sujet est encore très actuel. Bien qu’il s’agisse d’une œuvre de jeunesse, on y trouve déjà la finesse et l’intelligence de Vaclav Havel dans sa dénonciation de la bureaucratie made in URSS, dont peut-être pas grand-chose nous sépare.

On peut également souligner ici l’intelligence de la mise en scène et du jeu d’acteurs. La compagnie revendique un authentique esprit d’équipe et ça transparaît. Continuer la lecture de Critique: Le rapport dont vous êtes l’objet

Critique: Électrique Platonov

logo-bannerartichautCritique parue dans Artichaut Magazine le 23 décembre 2015.

platonov3

Platonov (« le petit Platon ») est la toute première pièce d’Anton Tchekhov, écrite alors qu’il n’avait que dix-huit ans. Et comme beaucoup de premières pièces, elle est une explosion de thèmes et de dialogues, où les personnages effleurent toutes les facettes de la vie. Nikson Pitaqaj, le metteur en scène de la compagnie Libre d’Esprit, a choisi de se concentrer sur une de ces dimensions : l’amour, cet amour auquel Platonov est incapable de faire face bien qu’il ne cesse de le susciter, Don Juan des provinces russes, beau-parleur. Exerçant sur son entourage féminin une fascination dont il n’est pas le maître mais dont il sera finalement la victime. La pièce est matricielle à l’univers de Tchekhov : elle s’ouvre sur la fête, la danse, les beuveries de la petite noblesse des provinces, dans un magnifique domaine possédé par la belle Anna Petrovna. Veuve d’un général, elle  a hérité de ses dettes abyssales, contre lesquelles elle se débat sans cesse – on pense à la désespérante Loubiov dont l’inconséquence mène à la perte de la Cerisaie. Déjà, ce vide et cette attente infinie, cet ennui que viennent meubler les dialogues souvent si drôles, souvent si creux, mais parfois éminemment lucides ou d’une beauté fulgurante, sous la plume stylisée de Tchekhov. Mais la violence et le chaos présents dans Platonov sont de loin supérieurs à ceux des pièces à venir.

C’est sans doute cette violence que restitue le mieux l’adaptation sombre et nerveuse de la compagnie Libre d’Esprit, qui joue Platonov jusqu’au 3 janvier 2016, dans ce si joli théâtre de l’Epée de Bois, à la Cartoucherie du Bois de Vincennes (un théâtre aux airs de grange, luxueusement réhabilité, entièrement boisé : un lieu à découvrir !). Cette noirceur est présente dès les premiers actes, le début de la fête à laquelle Platonov est si attendu. Alors que sa verve provoque aussi bien scandales qu’adoration, on pressent déjà la fissure en cet homme bien trop brillant pour la médiocrité de sa situation, bien trop fougueux pour la lâcheté de son cœur. Les pas de danse esquissés par les personnages, mêlés au dérèglement croissant de leurs mouvements sous l’effet de l’alcool qui coule à flot, illustrent cette ambiance étrange. Tentative d’une impossible légèreté de l’être, progressivement rattrapée par le drame qui se dessine de plus en plus distinctement.

platonovSous la direction de Nikson Pitaqaj, la compagnie Libre d’Esprit élabore un théâtre extrêmement physique, qui absorbe tout entier l’attention du public, l’hypnotise. Cependant, ces perpétuels sursauts des corps, ces états de transe et cette façon systématique que les personnages ont de quitter le plateau en courant finit par devenir éreintante pour les spectateurs. Alors que les dialogues s’enchaînent à une vitesse qui les rend parfois difficilement compréhensibles, la tension ne cesse de monter, pour finalement atteindre, bien avant le drame final, un paroxysme auquel on demeure très longuement. La dépense d’énergie des acteurs devient alors assez vaine, et on aurait envie que la colère, le désespoir et la haine soient interprétés à un volume un peu plus faible, pour mieux profiter des éclats de cette si belle écriture tchekhovienne. La mise en scène assez pesante n’écrase pas le talent de certains comédiens, qui se dégagent néanmoins : saluons notamment le très bon jeu d’Henri Vatin qui interprète Platonov (mais qui gagnerait à être un peu plus apaisé, et donc moins monochrome).  Une adaptation qui restitue donc bien le tourbillon de violence et de chaos de la toute première oeuvre de Tchekhov ; une adaptation en somme électrique, à l’image, d’ailleurs, du logo de la compagnie.

Marianne Martin

Critique : Pétition – La Provence

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Critique parue dans La Provence le 22 juillet 2015.

PÉTITION (*****)Petition Dec 2012 1

Deux anciens camarades se retrouvent après un certain temps. Très vite, les rôles sont distribués : le dissident notoire mais économe en mots face à l’idéologue relatif, critique d’un pouvoir auquel il participe. On sent des différences entre les deux personnages, mais à la différence des autres pièces du cycle Havel que propose la compagnie Libre d’Esprit, il n’est point question d’opposition. C’était sans compter la fameuse « pétition » qui rompt l’harmonie relative entre les personnages et les oblige à se positionner, à s’engager. Le langage se fait le matériau fondamental de l’opposition : une parole rapide, franche et maladroite contre une tirade grandiloquente. Avec subtilité, Havel déjoue les attentes et dans la parole manipulatrice même affleure une lucidité parfaite sur la situation. On retrouve cette subtilité dans la mise en scène qui explore le paradoxe de ce personnage : sorte d’agent double idéologique et intellectuel, il demeure l’élément qui débloque la situation, et nous pose ainsi la question de notre propre rapport à l’engagement.


A 16h50, dernière le 25. Tarifs : 17/12/8,5 euros. 04 90 27 38 23. www.espacealya.com

Charles Levere