Critique : Knock

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Critique parue dans Froggy’s Delight en décembre 2011

Comédie de Jules Romains, mise en scène de Nikson Pitaqaj, avec Henri Vatin, Joseph Hernandez, Lina Cespedes, Yan Brailowsky, Zachary Lebourg, Remy Leloup, Nikson Pitaqaj, Anne-Sophie Pathé et Jean-Yves Duparc.

Le Docteur Knock (Yan Brailowsky) est bien certain d’avoir fait une mauvaise affaire en reprenant la suite du cabinet de médecine générale du Docteur Parpalaid (Jean-Yves Duparc). Saint-Maurice est une petite ville avec des habitants bien portants qui savent se divertir et profiter de la vie.

Les méthodes modernes du Docteur Knock vont convaincre tous les habitants un à un, que leur corps est un terrain de bataille, avec des virus, des tumeurs, des infections tapies en embuscade, qui attendent le moment opportun pour frapper. Petit à petit le docteur Knock devient un vampire qui aspire la belle santé stérile de ces patients pour les transformer en malades : opération largement plus lucrative pour son commerce et celui du pharmacien (Henri Vatin).

Knock ne saurait agir avec une telle efficacité sans la complicité complaisante de ces habitants, sans actionner les ressorts de leur peur. Ils se mettent docilement en son pouvoir d’homme de science fanatique.

La pièce de Jules Romains se révèle des plus actuelles, miroir de notre époque sur-médicalisée où l’on peut se demander si les remèdes ne deviennent pas les causes de nos maladies, si l’objectif final n’est pas d’écouler tous ces stocks de produits dont l’industrie pharmaceutique nous inonde.

La mise en scène de Nikson Pitaqaj illustre cette main mise totalitaire en éclairant les personnages d’une lumière crue, en décolorant les visages pour en faire des zombies, des marionnettes tétanisées par la peur. Le rire vire au jaune, la danse au macabre.

Chacun perd son humanité pour devenir des robots individualistes, prompts à obéir. Yan Brailowsky, les pieds comme rivés à la scène, n’en ondule pas moins pour hypnotiser son auditoire. Son regard de damné semble le signe qu’il est lui-même le serviteur d’une entreprise qui le dépasse : prendre le contrôle des esprits et des corps, pour faire de chacun des consommateurs.

A travers « Knock« , Nikson Pitaqaj nous amène à considérer les dérives, les dangers du capitalisme à outrance qui aurait fait sauter ses garde fous.

 

Sandrine Gaillard