III : Mettez les voiles!

Texte : Nino Noskin

Mise en scène : Nikson Pitaqaj

Avec :
Henri Vatin
Lina Cespedes
Nikson Pitaqaj
Anne-Sophie Pathé
Marc Enche
Frédéric Slama

Création lumières
Piotr Ninkov

Décor
Sokol Prishtina

Costumes
Drita Noli

 

Résumé

 

Dessein 3 mettez les voiles

A l’image de la pièce qui débute sur un match de football, le port du voile est pris comme un jeu. Le postulat de base est que le voile est symbole non pas de l’enfermement, de la soumission, de la souffrance mais de la liberté, de la protection et de la joie, qu’il n’est non pas négatif, mais positif.

A l’image du carnaval qui puise ses origines dans le travestissement ludique des bonnes gens en démons, les rôles sont inversés : ce sont les hommes qui portent le voile et non pas les femmes. Tout est jeu, mais jeu dangereux.Mettez les voiles, troisième volet de la tétralogie des Balkans est le constat d’une guerre engendrée par la question du voile. La pièce débute sur un match de foot. L’identité des joueurs est rendue floue par le voile qu’ils portent. Sont-ils des femmes ? Sont-ils des hommes ?

Un mot de l’auteur

Dessin 2 Mettez les voiles« J’ai écrit cette pièce en pensant à ma sœur, sacrifiée sur l’autel d’un certain type de mariage. Son mari, qui lui a été imposé par mes parents, exige d’elle qu’elle porte le voile. Elle est épouse, elle est mère, mais, amputée de sa liberté de choisir, son identité n’est que partielle. Elle ne se plaint pas de cette situation qu’elle a acceptée d’emblée, sans se poser de questions. Ce sont ces questions auxquelles je ne prétends pas donner de réponses mais que je veux aborder dans cette pièce. »

Nino Noskin

Présentation

Desssin 1« En ce moment, dans mon pays naissance, au Kosovo, des manifestations de grande ampleur regroupent des femmes qui réclament le droit de porter le voile, avec pour slogan : Le foulard, c’est mon choix. Cette lutte fait écho pour ces femmes à leur combat pour le droit de choisir, pour la démocratie, au nom de la liberté. Elles l’associent à celle qu’elles mènent pour avoir la liberté de sortir de chez elles, de conduire, de se rencontrer sans être sous le joug de leur mari, sans être sous le joug des hommes. Le sujet est complexe mais l’on peut s’interroger sur ce qui pourrait être un paradoxe : prendre comme symbole de la liberté une chose qui se décide à la naissance selon son sexe, clause qui annihile dès lors toute notion de choix. Nino Noskin met en scène des enfants embrigadés dans cette perception sans avoir eu la possibilité de se forger une opinion propre. En amont de cette soif de liberté, se dissimule, sous un voile précisément, une acceptation tacite de la soumission de la femme par rapport à l’homme. Le raisonnement est alors, à mon sens, biaisé.
Grâce aux ressorts de l’absurde, puisqu’il fait du voile un jeu et l’apanage des hommes plutôt que des femmes, Nino Noskin dédiabolise, de prime abord, le port du voile pour mieux alerter de sa dangerosité humaniste. Le ton est léger, les détours sont badins, mais ils ne sont anodins qu’en surface. Le match de football qui ouvre la pièce est un jeu populaire mais c’est précisément cette popularité qui en fait le miroir des maux d’une société. La Guerre de l’ex-Yougoslavie a trouvé sa première expression dans les stades de football. Aujourd’hui, le racisme s’exprime tout aussi violemment dans les stades français. Le port du voile peut enclencher une prochaine guerre dont les matchs de football peuvent être le prélude.
Mettez les voiles est une comédie au sein de laquelle la cruauté de certaines scènes d’affrontement idéologique n’est que plus poignante. »

Nikson Pitaqaj

*Illustrations : Pauline Flotz
Graphisme : Ozan

Direction artistique : Nikson Pitaqaj