Requiem

de Roger Lombardot

L’histoire, un voyage, le témoignage de la rencontre d’une journaliste avec Sonia et son enfant ; ça se passe en Bosnie en 1994. Une trame de fond sombre, marquée par le sceau de la guerre et intrinsèquement condamnée à la souffrance.

Pourtant la vie est là, pleine ! Et le regard de cette voix, de cette femme qui a tout enregistré, ne trompe pas : « J’ai l’impression depuis quelques minutes de réapprendre le genre humain, et sans vouloir vous offenser, ce que j’en vois à travers vous me fascine et m’effraie. »

Au-delà du drame entériné par une guerre qui s’étala sur quatre ans, c’est l’Homme, entravé dans sa condition de chasseur, qui est pointé du doigt : « Sais-tu pourquoi je souris ? J’étais en train d’imaginer que tu posais ton fusil… que tu allais te réfugier dans les bras d’une femme […] et que tu te laissais aller à pleurer… »

Mise en scène : Nikson Pitaqaj

Avec : Delphine Kéravec, Leslie Salomon, Henri Vatin

Imagine-toi que cette balle est un bout de feraille brûlant…

« Avez-vous jamais tenu un enfant mort dans les bras ? » C’est avec cette phrase que Roger Lombardot commence sa pièce.

Enfant, j’ai été intrigué par les armes, et à sept ans j’ai demandé à mon oncle comment une balle si froide peut traverser un corps et faire autant de mal ? « Imagine-toi que cette balle est un bout de ferraille si chaud que rien ne peut lui résister. »  Plus tard, quand j’ai vu des gens tomber, j’ai toujours gardé à l’esprit l’image de ces morceaux de fer brûlants et la douleur qu’ils causent. En lisant Requiem, je me demandais à quoi pouvait penser le fils de Sonia, en voyant les siens tomber autour de lui. A-t-il envie de distribuer des bouts de fer brûlants à ceux qui violent sa mère ?

Les souvenirs de cette femme, Sonia, rejoignent ceux de ma grand-mère, qui, à dix-huit ans, a vu mourir devant ses yeux neuf membres de sa famille, en un quart d’heure. Ils rejoignent aussi ceux de ma mère, qui a vu son fils tomber à ses genoux avec, en lui, six de ces bouts de ferraille.

Nikson Pitaqaj

L’auteur : Roger Lombardot

Né en France en 1947, Roger Lombardot appartient à cette génération que certain idéaux de la contestation soixante-huitarde ont marquée à tout jamais, en particulier la consécration de la vie perçue comme l’ultime richesse que se partagent, dans la justice et la joie, des êtres épris de  liberté, de lucidité, d’espoir, de créativité, de beauté, de solidarité.
C’est en 1971 que l’aventure commence, il écrit des poèmes, il travaille avec des groupes de
musique, lit des nouvelles dans les cafés et expérimente différentes formes d’expression théâtrale. Mais c’est au début des années quatre-vingts qu’il se lance pour de bon dans l’écriture dramatique. En 1990, il entreprend son voyage dans les Balkans avec la complicité d’autres artistes et effectue différentes expériences artistiques. Hormis ses expériences variées, mise en scène, interprétation etc, il signa plusieurs pièces dont :
Lettre à l’enfant, Shéhérazade, Une vie, La Rose, Sarah, Discours d’investiture de la Présidente des Etats-Unis

Mise en scène et scénographie

La scène, recouverte d’un rideau, se trouve au milieu du public installé tout autour.

Les comédiens entrent sur scène en sortant du public. Le personnage principal reste en permanence sur scène. Le soldat fait des allées et venues sur le plateau mais il reste toujours à proximité. Le troisième personnage, lui, arrive à la fin. Les démarches des deux femmes sont précautionneuses et délicates pendant toute la pièce. Le soldat, au contraire, ne regarde pas où il pose les pieds. Vers la fin, le rideau se retrouve accroché au dos du personnage principal qui, en se déplaçant nous fait découvrir que la scène est jonchée de poupées représentant des cadavres : quelques-uns sont décapités, nus, démembrés… En essayant de se dégager du rideau, elle se dévêt au fur et à mesure et se retrouve nue sur scène.

Son

La bande-son fait entendre des extraits du Requiem de Fauré : Pie Jesu et Introït

Direction artistique : Nikson Pitaqaj