I : Mon ami paranoïaque

Mon ami parano grenadeTexte : Nino Noskin

Mise en scène : Nikson Pitaqaj

Avec :
Henri Vatin
Zachary Lebourg
Anne-Sophie Pathé

Décor
Sokol Prishtina

Costumes
Drita Noli

 

Résumé

Mon ami paranoïaque décrit le délire paranoïaque qui gagne un jeune homme sans histoires, le jour où un ami l’incite à se protéger en ayant toujours un couteau dans sa poche. Le jeune homme se laisse gagner par la peur de l’extérieur, et s’éloigne toujours davantage d’une jeune fille de l’autre côté du miroir qui l’observait d’un œil bienveillant.

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29 juin 199…
Le ciel est clair avec un soleil qui brille. Mon voisin fête son anniversaire, est-ce vraiment normal qu’il fasse autant de bruit ? J’ai l’impression que je n’existe pas pour lui !

23 septembre 199…
Je me repose chez moi, quand tout à coup je sens quelque chose qui brûle ! Je me lève, un grand feu chez les voisins. Ce n’est pas tout, ils dansent autour du feu ! Tiens, tiens, tiens, on fait la danse indienne ? Il n’y a plus de doute, c’est pour moi.

27 septembre 199…
La façon dont ils me regardent n’est pas claire !
Je me suis décidé à en parler à mon oncle, qui a trouvé cela bizarre. Ouf, je suis soulagé, je ne suis pas seul dans cette histoire !

9 octobre 199…
Pour m’aider, mon oncle m’a prêté son pistolet. Il faut que je m’entraîne avant qu’il ne soit trop tard.

18 novembre 199…
Je suis enfin prêt.

21 décembre 199…
J’ai compris qu’ils surveillent tous mes faits et gestes ! Mais ils ne m’auront pas comme ça. Je me tiens sur mes gardes.

31 décembre 199…
Le ciel est clair avec des étoiles qui brillent. C’est la pleine lune. Derrière une porte, je suis là, cela fait trois jours. J’attends. C’est un moment rêvé, réfléchi et préparé depuis longtemps. Je suis décidé à me soulager de ce poids, qui pèse tant en moi ! C’est vraiment des sales gueules ! Merci mon Dieu, je vais être libre enfin.

31 décembre 199… à 23h59
J’entends les voisins compter ! Pourquoi ils comptent à l’envers : 10, 9, 8…  ? Ça doit être un code pour m’avoir ! Il vont voir, les salauds… 3, 2, 1… feu ! 0… Voilà !

1 janvier 200… 00h03
Je ne comprends pas, mon chargeur de A47 est vide et on entend toujours des tirs !

Noskin

L’auteur

Nino Noskin est né en Yougoslavie. Il a grandi dans son pays d’origine et vit aujourd’hui à Lausanne, en Suisse. Issu d’une famille aristocratique, entre un père, homme d’affaires et fervent religieux et une mère, défenseur de l’État de Yougoslavie et totalement athée, il présente dès sa prime jeunesse des troubles de la personnalité qui lui valent plusieurs séjours en hôpital psychiatrique et en prison. Il écrit alors de nombreuses pièces qui, à l’époque, n’ont pas vocation à être montées un jour : Mon ami paranoïaque, En attendant la mort, Mettez les voiles, Mes démons, Goslavie, Mon cul, Ma guerre, Sauve moi et toi, Carnage au cimetière… Ses pièces racontent la guerre, la violence, l’oppression des femmes et la folie des hommes. Ces thèmes universels lui sont apparus dans l’histoire récente de son pays comme un concentré de ce que l’humanité a de plus sombre. Il en résulte des récits où le tragique est souvent contrebalancé par un humour noir et caustique qui met en lumière, avec beaucoup de dérision, l’absurdité des situations.
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Rencontre avec Nino Noskin

«J’ai rencontré Nino Noskin, par hasard. J’étais à l’hôpital, au Kosovo. J’avais besoin de soins, mais les médecins m’ont répondu qu’ils ne pouvaient plus rien faire pour moi. Lui, qui se tenait silencieux jusqu’alors, a commencé à s’agiter, à menacer tout le monde, à crier que si on ne sauvait pas ce garçon, il tuerait tous les médecins. Grâce à tout ce remue-ménage, j’ai pu être opéré dans de bonnes conditions. Nino Noskin m’a sauvé la vie, en quelque sorte. Il est venu me voir après mon opération, il était en crise et ses propos incohérents montraient qu’il entendait des voix auxquelles il répondait. Je lui ai dit qu’il devait écrire ce qu’il entendait et voyait autour de lui. Il m’a rétorqué aussitôt : « Je le ferai si tu les mets en scène ». Je lui ai répondu : « D’accord », même si, avant ce jour, je n’avais jamais vu de pièce de théâtre ! Et je lui ai laissé mon adresse postale. Des années plus tard, j’ai reçu une lettre de lui avec quelques uns de ces textes. Son écriture m’a parlé immédiatement. Depuis, nous correspondons par courrier, avec une régularité toute relative !

Ces accointances humaines et théâtrales entre lui et moi trouvent naturellement aujourd’hui leur aboutissement dans la tétralogie Raki Raki Raki, qui rassemble quatre de ses textes. »

Nikson Pitaqaj
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L’écriture de Noskin

La plume de Nino Noskin est pleine d’un humour acide. Il y a quelque chose de maladif, une torture enfouie et pas bien digérée qu’il recrache avec des mots qu’il vous balance à la page, comme une gifle qui laisse une marque rougie un bon moment.

Ses personnages parlent peu, mais chaque mot est plein, essentiel, explosif même, à l’image de sa vie où le danger est partout, jusqu’à la dernière virgule. Nino Noskin, avec ses pièces, nous parle de l’Homme, de sa pulsion de vie, qui peut engendrer la peur, la violence et les excès et ainsi rejoindre une pulsion destructrice, une pulsion de mort. Nous comprenons, une fois la machine lancée, que les personnages vont mourir, mais seulement après avoir vécu la vie avec un jusqu’au-boutisme terrifiant…

Mise en scène et scénographie de Mon ami paranoïaque

Mettre en scène Nino Noskin aujourd’hui, c’est un peu pour moi comme revenir à la maison, rentrer au pays. C’est prendre en charge pleinement cette nécessité et son questionnement. C’est une confrontation avec l’auteur, avec le passé du pays, avec la mort.

Car il s’agit bien de la mort, ici. De ma mort.

Est-ce que je suis prêt, moi ?

Rien de plus bête que l’être humain qui sait qu’il va mourir.

Le début de la pièce est un conte. Antoni est sur son lit, Rêve sur un fauteuil, il compose de la musique pour son amour qui le rend heureux. D’une histoire tout à fait banale, avec son voisin, naît un problème. La machine est lancée et ne s’arrêtera pas jusqu’au dernier instant de la vie.

Le monde est fait d’impostures, les gens ne se montrent jamais sous leur vrai jour. Et la fragilité, la timidité, le repli sur soi et la peur de l’extérieur font d’un homme sans histoires une proie facile pour ceux qui expriment leur besoin de séduire et de profiter de l’autre dans une passion cruelle, égocentrique, voire vampirique. A ce stade, l’incommunicabilité entre les êtres est insurmontable. L’onde de choc est totale !

Le côte intimiste et personnel des personnages nous fait voyager régulièrement entre l’intérieur et l’extérieur des personnages (on ne sait pas s’il y a une ou plusieurs personnes dans cette histoire). L’humour sera très présent dans la mise en scène.

Alors que la pièce commence comme un rêve, elle finit en cauchemar. Elle, Rêve, se retrouve dans une cage à oiseaux, recouverte d’un tissu (comme un voile) ; Antoni, allongé sur une mine face au spectateur, les yeux écarquillés, se demandant : qu’est-ce qu’on fait maintenant ? »

Nikson Pitaqaj

*Photographies : Gérard Marché
Graphisme : Ozan

 

Mon Ami Paranoïaque, de Nino Noskin

Direction artistique : Nikson Pitaqaj